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Salles Obscures
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18 septembre 2015

Les Jours infinis, de Claire Fuller

Les jours infinis

Peggy a huit ans et grandit à Londres dans une vaste maison avec jardin. Sa mère, d'origine allemande, est une pianiste mondialement reconnue, qui part souvent en tournée. Son père est un « Survivaliste », obsédé par l'idée de fin du monde. Un matin de l'été 1976, il entraîne la fillette à la recherche de “die Hütte”, un lieu féerique, réputé inaccessible. Ils vont ainsi s'enfoncer dans les bois et s'y perdre neuf longues années.

De retour chez elle, en 1985, Peggy tente de s'expliquer une telle folie. Mais c'est hyper délicat à déterminer car elle n'était qu'une enfant insouciante, qui n'avait pas conscience du danger, portait un culte à sa mère si belle et prodigieuse, considérait son père avec tendresse et jugeait l'entourage de ses parents (leur amitié avec l'américain Oliver) nocif et menaçant.

Ce contact avec la nature est une immersion extraordinaire, pleine de charme, de mystère et de danger, où la vie de « rescapés » est aussi un combat de chaque instant. Car même si l'ambiance est captivante, servie par une écriture lumineuse et un style très visuel, on n'oublie pas le délire paternel et les conséquences pour l'enfant.

C'est très, très perturbant, bien que raconté avec pudeur et de façon elliptique. On ne voit pas venir la fin et ses révélations... stupéfiantes, qui vous font reconsidérer tout le roman, à travers son emprise et ses ombres. De quoi vous hanter longtemps après !

Stock La Cosmopolite / avril 2015 ♦ Traduit par Mathilde Bach (Our Endless Numbered Days)

  • Click sur l'opération de communication originale ! 

 

« Les dates ne sont là que pour nous rappeler que nos jours sont comptés, que chaque jour qui passe nous rapproche de la mort. À partir de maintenant, Punzel, nous vivrons au rythme du soleil et des saisons. Nos jours seront infinis. »

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18 septembre 2015

Une main encombrante, de Henning Mankell

Une Main Encombrante

Proche de la retraite, Wallander cherche un point d'attache pour couler des jours tranquilles. Alors qu'il visite une maison à la campagne, le commissaire trébuche sur une main surgie de nulle part. Ses instincts sont aux aguets. Il requiert son équipe d'experts de fouiller le jardin et découvre les ossements d'un couple enfoui là depuis cinquante ans. Même si on ne lui octroie ni les moyens ni le temps pour ce dossier, Wallander continue de fouiller dans le passé de la maison et de ses propriétaires pour rendre justice aux deux victimes.

L'histoire est à l'image du héros, las, usé et désabusé. Donc, c'est lent et pointilleux, mais intéressant à lire. Wallander ne supporte plus les vicissitudes de la bureaucratie. Ses relations avec sa fille sont à couteaux tirés. Il a fait le tour de son métier et envisage de tirer sa révérence. Mankell a d'ailleurs annoncé qu'il n'écrirait plus sur Wallander après l'épisode suivant, L'homme inquiet. Point final. Il explique en fin d'ouvrage sa relation ténue avec son personnage fétiche, non sans un zeste de fierté.

Le texte lu par Marc-Henri Boisse figure bien les caractéristiques de Kurt, en lui collant cette intonation bougonne et abattue qu'on juge indissociable. Après quoi, l'histoire n'est ni surprenante, ni haletante. Elle ne dure que 3 heures, ou 182 pages. À grignoter comme une friandise ou une mise en bouche pour les lecteurs désormais orphelins de leur commissaire suédois, définitivement au bout du rouleau.

Sixtrid / mars 2015 ♦  Interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 3h 12)

Traduit par Anna Gibson pour les éditions du Seuil

18 septembre 2015

Une fille parfaite, de Mary Kubica

Une fille parfaite

Mia a disparu. Un soir, dans un bar, la jeune femme a suivi un inconnu. Depuis, elle n'a plus donné de nouvelles. Sa mère, Eve, voit soudain son univers doré s'effriter de toutes parts. Son époux, aguerri par les frasques de leur cadette, tente de minimiser la situation et embauche un détective pour la retrouver. Gabe pénètre ainsi dans l'intimité de la famille Dennett pour y découvrir les dessous d'une image trop lisse, trop parfaite.

Mais l'histoire se révèle plus tortueuse et offre une mise en scène complexe, en alternant l'avant et l'après, qui ne gâche rien au suspense. Mia est de retour au bercail. Elle est silencieuse, sous le choc et amnésique. Le travail de l'enquêteur consiste alors à débusquer les indices pour retracer la piste de la jeune femme et démêler l'écheveau de cette intrigue haletante. Un méli-mélo qui n'est pas sans rappeler l'impact du livre de Lucy Christopher (Lettre à mon ravisseur).

Et l'auteur de jouer habilement avec nos nerfs en entretenant un suspense psychologique redoutable et poignant. On se sent aussi plus proche des personnages grâce au récit à trois voix, qui nous fait avancer dans le récit comme sur des œufs. Simple, mais envoûtant. On reconstitue minutieusement le puzzle, on flaire la manipulation, jusqu'au dénouement bouleversant, même si quelque peu attendu.

Un très bon roman, prenant et effrayant, naturellement riche en émotions.

Mosaïc ♦ Avril 2015 ♦ Traduit par Carole Benton (The Good Girl)

18 septembre 2015

Gravé dans le sable, de Michel Bussi

Gravé dans le sable AUDIOLIB

D'abord paru en 2007 aux éditions PTC sous le titre Omaha Crimes, le roman nous expédie sur les plages du débarquement, avec 188 soldats en attente sur une péniche, un jour de juin 1944. Un tirage au sort va déterminer l'ordre de passage des candidats au suicide : prendre d'assaut une falaise tenue par l'ennemi. Les premiers envoyés seront fatalement sacrifiés.

Lucky Marry, l'un d'entre eux, croit en sa bonne étoile. Comme l'indique son prénom, il a pour lui une chance incroyable qui ne l'a jamais laissé tomber. Pourtant, fin 44, Alice Queen, sa jolie fiancée, pleure toutes les larmes de son corps la perte de son amoureux. Pourquoi, comment ? Il ne subsiste aucune preuve, le bataillon a été laminé et les rares témoins sont évaporés dans les airs.

Comme d'habitude, l'histoire qu'on découvre est truffée de fausses pistes, de quiproquos et de nœuds à démêler. Michel Bussi va nous mener par le bout du nez et nous promener dans un dédale de mensonges et autres duperies. Très vite, on sursaute à la moindre révélation et on tremble de frustration. La conduite de l'intrigue est franchement machiavélique. Mais efficace. Pour preuve, j'ai écouté le livre audio en seulement 2 jours - Olivier Prémel est un lecteur brillant, qui a su jouer avec les émotions (le chagrin, la tendresse, l'humour) avec brio.

J'ai également craqué pour Nick Hornett, le détective privé qui ruse de charme et d'intelligence pour séduire la belle Alice. Ses tactiques et ses commentaires in petto sont d'une drôlerie infaillible. C'était ma bouffée d'oxygène dans cette lecture aux enjeux déchirants, qui se révèle également une lecture de pure distraction ! J'ai beaucoup aimé.

Audiolib, février 2015 ♦ texte lu par Olivier Prémel (durée : 11h 39) ♦ Presses de la Cité, 2014

18 septembre 2015

Comment je vais tuer papa, de Carina Bergfeldt

Comment je vais tuer papa

Très bonne découverte que ce premier roman de la suédoise Carina Bergfeldt, qui propose de suivre une intrigue à suspense avec un meurtre à résoudre, un parricide à démasquer et les réminiscences d'une enfance bafouée.

Tout commence par la découverte du corps d'une mère de famille, dont la disparition avait été signalée deux mois plus tôt. La femme souffrait de dépression nerveuse et avait laissé une lettre d'adieu avant de quitter le foyer. Un suicide, donc. Sur place, la journaliste Julia Almliden cherche à obtenir le scoop et se positionne immédiatement pour interroger le mari, le voisinage, fouiller le passé de la victime et éclaircir les zones obscures.

Un travail de routine, redoutable d'efficacité, qui va même dépasser l'investigation de la police, toujours au point mort ! Julia et sa collègue Ing-Marie Andersson, dans leur obstination, bousculent les enquêteurs, dont Anna Eiler, peu habituée à renâcler à la besogne. Que lui arrive-t-il ? Jamais elle n'a été aussi détachée et négligente sur une affaire. Comme si elle avait les idées ailleurs. Son entourage s'interroge.

Et nous aussi. Car la construction du roman est rusée et brouille les pistes exprès pour semer le doute, les trois jeunes femmes ont chacune des secrets à préserver et c'est seulement dans les derniers chapitres qu'on découvre leur teneur. En attendant, on se demande laquelle des trois cherche à éliminer son père en mijotant le crime parfait. C'est dense, rondement mené et percutant.

On a là une lecture haletante, qui maintient son mystère jusque la fin ! Rien que pour ça, chapeau. Le ton moderne et les références à la pop culture (Dexter ou Stieg Larsson) cassent aussi avec les clichés du thriller noir et pesant. Ici, on respecte les classiques mais on impose un style désinvolte, sans jamais minimiser cette extraordinaire maîtrise du suspense. 

Hachette, coll. Black Moon Thriller, février 2014 ♦ traduit par Lucas Messmer (Fadersmord)

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18 septembre 2015

Les Chiens de Riga, par Henning Mankell

Les Chiens de Riga

Je reprends la série des Kurt Wallander, après l'avoir croisé dans La lionne blanche en tant qu'aventurier sortant de ses gonds. Un rôle assez inattendu, et déconcertant. Cette fois j'ai été pleinement séduite par l'enquête qui débute sur une plage en Suède avant de s'exiler vers la Lettonie. Un canot pneumatique échoué révèle deux corps à son bord. Ces deux individus sont sans identité, mais la police fait rapidement le rapprochement avec des mafieux originaires des pays de l'ancien bloc soviétique. Un major est envoyé sur place, un type secret mais attachant, il renseigne les suédois avant de rentrer chez lui, où il sera assassiné dans la foulée.

Cette nouvelle accable l'inspecteur Wallander, qui s'était senti proche de l'homme affable. Il décide alors de se rendre à Riga et, sous le charme de la jolie veuve, va se lancer dans une vendetta secrète, solitaire et délirante pour démêler une affaire véreuse et qui sent le soufre. L'ambiance est de mise, froide et cinglante. Les personnages filent un mauvais coton, le décor est dévasté, le pays en plein chaos politique, aucune confiance à accorder, les services de police sont en perte de vitesse, la surveillance acharnée, les menaces prodiguées et les règlements de compte pleuvent à tout-va.

Bref, l'intrigue nous plonge dans les méandres profonds et cafardeux d'un roman d'espionnage. C'est gris, voire blafard et déprimant. Les livres de Mankell figurent parmi les précurseurs de la vague des polars nordiques qui ont envahi notre marché (pour mon plus grand bonheur). Et j'ai beau épluché tous les spécimens existants, je reviens toujours vers ce cher Wallander, l'archétype du héros désabusé, mais qui a à cœur de venger la veuve et l'orphelin avec une conscience toute professionnelle. Le livre a été lu par une froide soirée d'hiver. La symbiose était totale. :-)

Points Policier, février 2004 pour la présente édition ♦ traduit par Anna Gibson (Hundarna i Riga)

18 septembre 2015

Un feu dans la nuit, par Erin Kelly

Un feu dans la nuit

Quelle histoire ! Les MacBride passent le weekend à la campagne, pour célébrer la mémoire de la mère, décédée trop tôt d'un cancer foudroyant. Le plus jeune frère, Félix, débarque avec sa nouvelle petite copine, Kerry, belle et provocante, ce qui agace l'aînée, Sophie, déjà au fond du trou depuis son accouchement. Un soir, tout le monde profite d'une sortie pour décompresser. Le bébé est confié à la blonde incendiaire. Mais à leur retour, panique à bord : l'enfant et la jeune femme ont disparu.

Ce qu'on découvre ensuite est complètement hallucinant ! On a un retournement de situation qu'on n'aurait jamais soupçonné et qui a non seulement le mérite de nous surprendre mais aussi de regagner notre intérêt flageolant. Le début est en effet assez classique, on s'attend à des retrouvailles larmoyantes d'une famille encore éplorée par la perte de leur mère. Mais l'ambiance à la campagne est tendre et chaleureuse, donc pourquoi pas ? Quand tout dérape, on n'a rien vu venir et on reste comme un rond de flan.

Franchement, l'onde de choc a été la bienvenue. L'histoire prend une tournure plus machiavélique, et c'est très bon, captivant, avec une part de psychose bien flippante. Certes, l'expérience reste perturbante et inspire une multitude de sentiments, mais cette plongée au cœur d'une histoire familiale, cernée par la vengeance et la haine, est saisissante par sa mise en scène et sa rouerie. J'ai été bluffée. Rien que pour ça, je recommande ce livre ! 

JC Lattès, octobre 2014 ♦ traduit par Eva Roques (The Burning Air)

18 septembre 2015

Léviatemps, de Maxime Chattam

Leviatemps

Paris, 1900. L'écrivain Guy de Timée a fui son confort bourgeois pour vivre sous les combles d'une maison close où, pense-t-il, il pourra s'imprégner des souches du Mal pour les besoins de son nouveau roman. Lorsqu'on retrouve le corps martyrisé d'une fille de la maison, Guy frémit d'excitation à l'idée de se frotter pour de vrai aux rouages diaboliques d'un cerveau psychopathe. Car il ne fait aucun doute qu'un tueur en série sévit dans Paris, couvert par la police, pour ne pas nuire à l'Exposition Universelle qui bat son plein.

C'est assisté de la belle Faustine et d'un jeune policier, Martial Perotti, que Guy arpente les rues sordides, et même les égouts, dans sa traque insensée du monstre. Il s'emploie également à une technique innovante pour l'époque en s'improvisant spécialiste de criminologie et des aliénations mentales. Concrètement il réfléchit, dresse le portrait du désaxé, cerne ses motivations et établit les causes et manifestations. C'est tout aussi efficace qu'une course-poursuite infernale car on a le temps de s'imprégner de l'Horreur, souvent le cœur au bord des lèvres.

M. Chattam s'essaie au registre du polar historique : ambiance léchée d'un Paris qui s'ouvre au XXe siècle, quartiers populaires, salons guindés, séance de spiritisme, poules de luxe, étalage de sciences et du génie créatif... Et c'est une franche réussite ! Les clichés abondent, mais dans le souci de bien faire. On se sent transporté dans le temps, sensation audacieuse et grisante, d'où l'on retire autant de plaisir que de dépaysement. 

Par contre on n'échappe pas à l'obsession morbide de l'auteur, à son goût pour les descriptions toutes plus nauséabondes les unes que les autres. C'est du lourd, encore ! Sa marque de fabrique, aussi. Plus besoin de s'effaroucher. Toutefois, l'ensemble se marie bien et offre une lecture alerte et endiablée, qu'on a beaucoup de mal à reposer. L'histoire se poursuit avec Le Requiem des Abysses !

au choix : Albin Michel, octobre 2010 ♦ Pocket, mai 2012 ♦ Audiolib, décembre 2010 (texte lu par Vincent de Boüard)

18 septembre 2015

Les Rivières Pourpres, de Jean-Christophe Grangé

les rivieres pourpres

Super-flic aux méthodes musclées, Pierre Niémans est expédié dans une ville universitaire, au pied des Alpes, où l'attend le cadavre mutilé d'un bibliothécaire. Ce n'est pas tant le mystère qui entoure le crime qui interpelle notre inspecteur, mais la mise en scène macabre et l'atmosphère pesante qui règne aux alentours. À Sarzac, dans le Lot, Karim Abdouf lui aussi se trouve face à un casse-tête : la tombe d'un enfant a été profanée, son école visitée et tous ses dossiers, photos etc. ont disparu de la circulation.

Enquêtes et enquêteurs vont été amenés à se télescoper, mais au terme d'une course-poursuite infernale. Les pistes, nombreuses, sont en effet sinueuses et s'éparpillent sournoisement dans un couloir labyrinthique. C'est sombre, lourd, inquiétant mais palpitant et addictif. Les personnages ne sont pas forcément attachants : Niémans est brut de décoffrage, Abdouf est un idéaliste acharné. Seule leur obstination force l'admiration, car c'est une véritable guerre d'usure qu'ils vont endurer. 

En gros, on a une super ambiance et une orchestration de l'histoire vraiment réussie. Suspense et action ponctuent royalement cette intrigue. C'est tout simplement prenant, on ne décroche pas du début à la fin. Que demander de mieux ?

Albin Michel, décembre 2000 / Le Livre de Poche, février 2001 ♦ Adaptation au cinéma par Mathieu Kassovitz avec Jean Reno, Vincent Cassel, Nadia Farès...

18 septembre 2015

Le 5e Règne, de Maxime Chattam

Le 5e regne

La petite ville d'Edgecombe, en Nouvelle-Angleterre, est sens dessus dessous lorsque la police fait la découverte d'un nouveau crime d'enfant. Le shérif Hannibal n'a pas l'ombre d'une piste et voit arriver un agent du FBI, Glenn Ferguson, pour lui prêter main forte. Mais celui-ci commence à s'engager sur un sentier pentu, impliquant des théories peu rationnelles. Allô, Mulder ? Des puissances occultes auraient-elles élu domicile dans cette bourgade paisible ?

Ou serait-ce ce vieux grimoire, trouvé dans un grenier par une bande d'ados, qui aurait déclenché les hostilités ? Toujours est-il que Sean, Lewis, Zach, Tom, Eveana et Meredith ont mis le doigt dans l'engrenage, ils ont ouvert un livre interdit et libéré son pouvoir démoniaque. Les voilà maintenant aux prises d'hallucinations effroyables, se sentent poursuivis par des yeux rouges et entendent des bruits dans leurs placards...

Ils seront vite dépassés par la situation, qu'ils ne peuvent expliquer aux adultes. Pris à leur propre piège, devant affronter seuls des ennemis redoutables, ils vont vivre un cauchemar éveillé, sous les traits d'un Ogre qui dévore les enfants et rôde dans l'ancienne usine désinfectée, mais aussi d'un trio diabolique, débarqué de nulle part, qu'il vaut mieux éviter de croiser le soir dans une ruelle. Mamma mia !

C'est à vous filer des frissons dans le dos ou je ne m'y connais pas. L'ambiance, digne d'un roman de Stephen King (je ne compte plus les ressemblances), est crépusculaire, sourde, oppressante, mystérieuse et inquiétante. Même les éléments sont déchaînés (il pleut constamment et ça dégénère en cyclone !). Cela vous plante le décor, et c'est plutôt efficace. En tout cas, c'est parfait en cette saison automnale, dédiée aux lectures qui font peur. ;o)

J'ai également beaucoup apprécié les personnages, surtout Lewis, dont les réparties rigolotes ont plus d'une fois permis de détendre l'atmosphère. Certes, il y a aussi pas mal d'incongruités, comme la quasi absence des parents, qui vivent leur vie en marge, sans se soucier du maniaque en ville et du couvre-feu en vigueur. Les adolescents sont en roue libre, même l'encadrement au lycée est très léger. Ce sont des détails, et je chipote, car franchement c'est une lecture prenante et forte en sensations, qui a su me scotcher du début à la fin. 

Pocket, janvier 2012 pour la présente édition (éditions du Masque, 2003, sous le pseudonyme de Maxime Williams)

 

18 septembre 2015

Remède mortel, de Harlan Coben

REMÈDE MORTEL

C'est un Harlan Coben vintage que l'on découvre, avec ce roman écrit en 1991 mais publié vingt ans après. Personnellement j'ai trouvé son avant-propos assez hypocrite : « Si vous n'avez jamais ouvert un de mes livres, arrêtez-vous tout de suite. »Puis l'auteur s'explique : c'est une œuvre de jeunesse, qu'il n'a jamais corrigée. Il la livre dans son jus, comme un cadeau tombé du ciel. Alleluïa. 

L'histoire, donc, nous renvoie aux heures sombres de la découverte du Sida (New-York, fin des années 1980). La clinique privée du Dr Harvey Riker, en passe de trouver le remède miracle, voit pourtant ses efforts mis à mal par un serial killer, qui a choisi d'éliminer ses patients les uns après les autres. Et Coben d'aiguiser déjà sa technique imparable : suspense, action, personnages inquiétants, couple de rêve confronté à un fait dramatique, rebondissements et coup de gong implacable... tout y est. Même les petites touches mielleuses, qui me font doucement ricaner. Bref, c'est facile, mais pas désagréable. 

Là où je considère cette lecture pertinente, c'est dans son retour en arrière et le regard assez glaçant qu'on porte sur l'époque (le tournant des années 90). Le Sida était associé au milieu homosexuel, frappé d'une “punition divine” selon les puritains, donc c'était du gaspillage que d'attribuer des aides financières pour la recherche scientifique, au détriment d'autres maladies qui touchent un panel plus large de la population. Etc. etc. 

Sans prêter la moindre intention politique à cet ouvrage, il faut néanmoins lui reconnaître une forme de dépaysement et une analyse critique d'une société frileuse, mal informée, et donc prompte à condamner au quart de tour. Ce Coben vieillot s'en tire à bon compte : sans être exceptionnel, il tient ses promesses et fait passer de bonnes heures de lecture. L'auteur n'a pas à rougir de ses débuts, ou serait-ce de la fausse modestie ? ...

Pocket, septembre 2012 ♦ traduit par Cécile Arnaud pour Belfond (Miracle Cure) 

18 septembre 2015

Cadavre 19, de Belinda Bauer

Cadavre 19

Patrick, étudiant en anatomie, a choisi cette spécialité pour mieux comprendre la mort. Selon son professeur, les cadavres ne parlent pas mais ont tout à délivrer. En salle d'autopsie, face à un corps anonyme, estampillé Cadavre 19, Patrick et ses camarades épluchent, décortiquent, classent, cataloguent, analysent bout par bout. Leur but étant de découvrir la cause du décès. Et non l'identité du mort. Patrick, lui, en fait une fixation.

Contrairement aux autres étudiants, Patrick a besoin d'éclaircir tout ce qu'il voit, entreprend, entend, découvre. Il est atteint du syndrome d'Asperger. Mais surtout, il n'était qu'un enfant lorsque son père a été fauché par une voiture sous ses yeux. Ce drame continue de le hanter, car il a le sentiment d'avoir été floué sur le pourquoi et le comment. Inutile d'attendre de sa mère le moindre geste de compassion, ancienne alcoolique, elle est toujours autant à côté de la plaque !

Voir Patrick partir à l'université, partager une colocation, prendre son indépendance représente pour elle le début de la normalité. Un poids en moins. Un soupçon de soulagement. Le garçon n'est pas d'un caractère sociable, mais s'adapte à sa façon au mode de vivre de Kim et Jackson. Il ne cache pas que le Cadavre 19 ne cesse de le turlupiner, qu'il est contrarié par ses mystères, d'autant plus qu'il vient de mettre le doigt sur un détail peut-être déterminant pour la suite !

À côté de ça, on suit l'histoire d'un service de réanimation de l'hôpital de Cardiff, où infirmières et corps végétatifs nous livrent des confidences faussement anecdotiques, car de fil en aiguille on devine qu'elles vont compléter un tableau ombrageux. J'ai beaucoup aimé ce principe de constructions par petites briques, ci et là, on vivote, on stocke chaque information avant le tomber du rideau. C'est très réussi.

Le dénouement est, cependant, plutôt précipité. On a un enchaînement de coïncidences, plutôt abrupt. On se sent assommé par la succession des révélations et autres secrets déterrés. Cela manquerait presque de finesse si le reste du roman n'avait été aussi alléchant et parfaitement conduit. Donc, aucun souci. On a une intrigue qui se conclut de façon diabolique, mais efficace. Belinda Bauer a su proposer un roman original, qui s'est distingué par sa structure alambiquée et son « héros » au comportement singulier.

Fleuve Noir, septembre 2014 ♦ traduit par Christine Rimoldy (Rubbernecker)

18 septembre 2015

Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi

Ne lâche pas ma main

Un couple d'amoureux sur l'île de La Réunion. Farniente, palmiers, soleil. Un cocktail parfait. Et pourtant...

Martial et son épouse Liane forment un couple parfait, amoureux, en vacances sur l'île de la Réunion. Lorsque la belle jeune femme disparaît, après s'être rendue seule dans sa chambre d'hôtel, le mari se met dans tous ses états et appelle la police. Quelques traces de sang sur le tapis, l'attitude fébrile de l'homme et le témoignage des membres du personnel poussent les enquêteurs à froncer les sourcils. Martial Bellion est trop beau pour être honnête. La capitaine Aja Purvi sent la feinte à plein nez et décide d'en faire son principal suspect.

Sur ce, Martial et sa fille Josapha disparaissent de la circulation et partent se réfugier dans les entrailles de l'île, laissant sur leur passage un essaim de cadavres. La gendarmerie est en ébullition, le lecteur aussi. On ne sait clairement plus ce qu'il faut penser, entre douter et aller dans le sens indiqué par l'auteur, on suit bêtement. De toute façon, on voudrait prendre une autre route qu'on ne pourrait pas non plus. La mise en scène est ainsi faite qu'on est pris dans l'engrenage, de notre plein gré, et en toute légitimité.

Et j'ai lu le livre d'une traite ! Les chapitres défilent sous les yeux, le rythme est cadencé, soutenu à un train d'enfer, avec une intrigue redoutable. Sans compter que ce doux contraste entre le décor de rêve et l'histoire aux allures dantesques procure une sensation grisante et déstabilisante, à la fois source d'excitation et d'angoisse. Bref, c'est diaboliquement efficace. On en sort les nerfs à vif, mais émoustillé par cette plongée en Enfer.

Pocket, mai 2014 / Presses de la Cité, mars 2013

18 septembre 2015

Zone B, de Marie Hermanson

Zone B de Marie Hermanson

Zone B est un bon roman, au scénario assez simple et classique, mais à l'ambiance tellement mystérieuse et angoissante qu'elle vous cloue le bec et vous emprisonne entre ses pages jusqu'à la toute dernière ligne. L'éditeur parle même de « huis clos twinpeaksien » ! Tout un programme. L'histoire nous présente donc un type banal, Daniel, dont la vie professionnelle et sentimentale vole au ras des pâquerettes. Il n'a pas vu son frère jumeau, Max, depuis des lustres. Aussi, est-il assez surpris de recevoir une lettre, l'invitant à le rejoindre dans les Alpes suisses où il suit une cure de repos. En fait, Max a besoin de lui pour régler un problème urgent à l'extérieur, mais doit sortir du sanatorium en toute discrétion. Il demande donc à son frère d'échanger leurs rôles, le temps de quelques jours, puis tout rentrera dans l'ordre. D'abord sceptique, Daniel finit par accepter ces petites vacances improvisées, au cœur d'une campagne verdoyante. Or, Himmelstal se révèle autrement qu'une façade dorée, et Daniel réalise assez vite, mais tardivement, que les patients et le personnel soignant ont des agissements troubles et inquiétants. Le stress monte d'un cran lorsque Max ne revient pas, ne donne plus signe de vie ou semble s'être joué de son frère. Daniel sent la panique le gagner et va tenter, avec l'énergie du désespoir, de clamer la vérité en racontant son histoire abracadabrante. Action lente, personnages flous et insaisissables, intrigue déroulant un fil continu, cadre psychiatrique préoccupant et atmosphère pesante... Vous aimez les romans qui font galoper votre imagination et titiller votre curiosité ? Vous voilà servis.

Actes Sud, coll. Actes Noirs, janvier 2014 ♦ traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira

18 septembre 2015

Fais-le pour maman, de François-Xavier Dillard

Fais-le pour maman

Le Dr Sébastien Venetti est un jeune médecin totalement investi dans son travail, sans pour autant négliger ses deux petites filles qu'il élève seul depuis la mort de son épouse. Claire Abecassis vient de décrocher un poste de commissaire de police dans une ville de province, résultat d'une ascension sociale brisée nette dans son envol. Traumatisée par un drame personnel, elle carbure aux antidépresseurs et vit dans une angoisse permanente. Leur rencontre s'inscrit dans une suite logique : touché par sa détresse, Sébastien va vouloir gagner la confiance de Claire et chercher à la revoir sur un terrain plus privé.

La mise en place de l'histoire est redoutable : on ne se doute de rien (ou de tout), on ramasse des miettes, on se demande où on va, l'ambiance est suspicieuse et pesante, avec très peu d'action mais une tension psychologique hyper efficace. Cela a suffi pour me convaincre et j'ai plongé les deux mains devant. Par la suite, j'ai froncé les sourcils au vu de la direction prise. Trop, trop facile. Car au départ, on s'installe dans une apparente normalité, en position d'observation. Et en un claquement de doigts, on assiste à une hécatombe : des enfants soignés par Sébastien tombent comme des mouches, le type est interpellé, suspect idéal, etc. Son passé revient en force, sombre et dérangeant.

Mouaip... j'étais d'humeur sceptique. Toutefois, le roman est bon, finement troussé, sauf qu'il est assez inégal (la fin est trop précipitée). Je n'ai pas non plus adhéré aux chapitres où c'est la jeune Léa qui intervient, car le ton ne colle pas du tout avec celui d'une fille de 12 ans. Ajoutez aussi cette folie furieuse qui crapahute partout. Attention, terrain glissant. Halte. Rebroussez chemin ! Je ne me suis pas du tout sentie à mon aise. Somme toute, c'est un thriller intéressant, mais peut-être surestimé par les autres lecteurs (j'en attendais beaucoup !).

Fleuve Noir, mars 2014

18 septembre 2015

La Chambre des Morts, de Franck Thilliez

La chambre des morts

Imaginez... Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d'éoliennes désert. Soudain le choc, d'une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d'euros, à portée de main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.

Petit coup de projecteur sur ce roman impliquant la toute première enquête de Lucie Henebelle, alors simple brigadier à Dunkerque et maman célibataire de jumelles âgées de quelques mois. La jeune femme crève d'envie de s'éloigner de son bureau, d'être sur le terrain et de se frotter aux mécanismes tordus des criminels chevronnés. En cette période de Noël, où l'effectif au boulot est plutôt restreint, Lucie tient une opportunité en or : une fillette a été enlevée, la demande de rançon a viré au fiasco, d'autres victimes s'annoncent.

Et l'on perçoit déjà tout ce qui fera le succès de Lucie : une enquêtrice avec du flair, sans cesse sur la corde raide, travaillant à l'instinct, capable de prendre tous les risques et allant jusqu'au bout de ses idées fixes. C'est flippant, mais c'est sa marque de fabrique, qui fera toute la différence par la suite. L'histoire baigne dans un cadre triste et désolant (ah, le Nord... on s'y retrouve !), les personnages drainent dans leur sillage un flot de misère, ça sent la déprime à plein nez.

Mais on s'en tire bien, le rythme est entraînant, l'intrigue juste assez sordide pour dresser les cheveux sur la tête, sans tomber dans la surenchère non plus. Par contre, pour avoir lu les derniers romans de l'auteur, j'ai pu constater que son style avait évolué, parce que les clichés et les facilités du style « sucette à tabac » (cigarette) ou « engin de mort » (Beretta) sont un peu grinçants à la longue. Bref, cette lecture livre tous les prémices d'un univers ravageur, qui ne manquera pas de s'étoffer au fil des épisodes ! Rendez-vous est pris.

Pocket, décembre 2012 pour la présente édition ♦  Pocket vient de réunir en un recueil (édition spéciale, Octobre 2014) les deux premières enquêtes de Lucie Henebelle, La Chambre des Morts & La Mémoire Fantôme.

18 septembre 2015

Thérapie, par Sebastian Fitzek

Thérapie

Viktor Larenz a tout pour lui : bel homme, sûr de son charme, il mène une brillante carrière de psychiatre, reconnu et respecté par ses pairs, il affiche aussi une vie familiale exemplaire, marié et père de famille. Mais ce fantastique portrait est éclaboussé par un drame : la disparition de sa fille Josy, douze ans. Celle-ci souffrait d'un mal étrange depuis plusieurs mois. Le jour de son rendez-vous chez un allergologue, la jeune fille est portée absente. Nulle trace d'elle. Après quoi, Viktor Larenz sombre dans une sévère dépression et sera interné dans un service psychiatrique. Son cas, pourtant, est plus étrange : en tête à tête avec un confrère, il raconte le déroulement des derniers événements tragiques. Son besoin de s'isoler dans sa maison de campagne, sur une île, sa rencontre avec une certaine Anna Spiegel, une romancière qui souffre de schizophrénie et qui prétend donner vie à ses personnages de papier. Sa dernière expérience en date, une jeune Charlotte, atteinte d'une maladie incurable, qui aurait choisi de fuguer pour guérir... Viktor Larenz est troublé, mais accepte d'ouvrir sa maison à l'inconnue pour une « thérapie ». Et là, vous, le lecteur, vous ne savez plus qui croire, que penser, et vous vous enfilez les chapitres d'une traite. Le principe aussi est efficace : très courts, ils se terminent à chaque fois sur des révélations flippantes, qui vous poussent à vouloir poursuivre, connaître la vérité, atteindre le bout de l'histoire et démasquer la supercherie. Franchement, j'ai adoré le climat confiné de l'île de Parkum, la tempête qui s'abat sur les côtes, l'isolement, la peur paranoïaque, le doute... Facile de succomber à la sensation d'angoisse rampante, qui vous saisit à la gorge et menace de vous étouffer. C'est le premier titre de Sebastian Fitzek que je lis, ce ne sera pas le dernier !

Le Livre de Poche - novembre 2009 ♦ traduit par Pascal Rozat pour L'Archipel

18 septembre 2015

Un été à Pont-Aven, de Jean-Luc Bannalec

Un été à Pont-Aven

Branle-bas de combat à Pont-Aven, “la cité des peintres”, lorsqu'on retrouve le corps assassiné du propriétaire du Central, l'un des hôtels les plus prisés de la ville. Le commissaire Dupin, parisien déraciné, exilé en Bretagne, désormais sa région de cœur, se voit convoqué sur le champ pour démêler les fils de cette intrigue aux apparences lisses et sans faille. Chacun y va de son commentaire, perclus de chagrin, l'incompréhension est totale, les proches sous le choc. Et c'est en grattant toute cette couche de vernis qu'on apercevra enfin les non-dits et autres secrets de famille ! 
L'enquête, toutefois, est très longue, très lente à se mettre en place. L'auteur se livre la plupart du temps à un exercice de courbettes en rendant hommage à la région, son caractère, ses habitants, son patrimoine. Bannalec est lui-même un auteur allemand, qui revendique avoir trouvé sa seconde patrie en Finistère. Aussi s'exprime-t-il à travers son personnage de commissaire pour raconter cette sensation proche de l'étourdissement lorsqu'on tente de se fondre dans un lieu farouche. 
La Bretagne y apparaît splendide, telle une diva hors d'atteinte, drapée dans ses mystères, plus séduisante que jamais et follement excitante. Mais l'enquête policière est terriblement frustrante, livrée sans faux pli, sans sursaut. Une déception. Je préfère la série d'Yves Josso, Été meurtrier à Pont-Aven.

Presses de la Cité, avril 2014 ♦ traduit par Amélie de Maupeou

18 septembre 2015

Saint Michel, priez pour eux de Jean-Pierre Alaux

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Printemps 1978. Séraphin Cantarel, conservateur des monuments français, doit s'assurer que la baie du Mont Saint-Michel n'a subi aucun outrage, suite au naufrage de l'Amoco Cadiz, au vu de son futur classement au patrimoine de l'Unesco. Il doit aussi mettre au point la prochaine opération de restauration de la flèche du sanctuaire.

En survolant la baie en hélico, Séraphin est ainsi témoin d'une scène macabre - le corps d'un moine retrouvé mort sur la plage. À aucun moment, il ne s'improvisera détective. Un inspecteur de police est déjà en place et ne noue aucune affinité avec notre homme. La lecture se veut donc placide et enlevée, puisqu'on suit les personnages (le conservateur, son épouse égyptologue et son jeune assistant Théo) au gré de leurs pérégrinations conviviales.

Résultat, c'est de bon goût. On apprécie le charme ambiant, c'est gourmand, gourmet, intellectuel et littéraire. À envisager comme une plongée pleine d'esprit et débordante de culture, plantée dans un décor - encore une fois - fabuleux et enchanteur ! Pas de lecture échevelée, mais un rendez-vous apaisant et agréable.

10/18 ♦ coll. Grands Détectives ♦ décembre 2013

18 septembre 2015

Une chance de trop, par Harlan Coben

une chance de trop

“Une chance de trop” propose une intrigue habile et astucieuse, menée de main de maître par un Harlan Coben pourtant en petite forme puisque, en effet, la lecture se révèle bonne, sans être époustouflante. Disons qu'on ne s'ennuie pas, c'est déjà un bon point !

On suit donc la triste mésaventure du Docteur Seidman qui découvre, après un long coma, qu'on lui a tiré dans le dos, que sa femme a été tuée et leur bébé de six mois enlevé. La petite Tara serait entre les mains de ravisseurs qui réclament une rançon, mais le jour de la transaction, l'enfant est toujours porté disparu ! Pour le coup, les flics commencent à s'interroger sur notre bon Docteur Seidman...

Comment les blâmer ? Plus le temps passe, plus Marc collectionne les bévues, comme renouer avec son amour de jeunesse, et se rend ainsi un suspect idéal, sauf qu'il ne se doute jamais des soupçons qui pèsent sur lui. Le personnage n'est hélas pas très charismatique et exprime assez peu ses émotions. Je n'ai jamais réussi à m'y attacher !

Sans quoi, l'histoire se résume à un terrible imbroglio policier, un casse-tête délirant qui bouleverse les sens, et où on en vient à incriminer tous les acteurs et témoins du drame. Certaines révélations sont attendues, mais d'autres ont tout de même créé leur petit effet de surprise. Au final, j'ai passé un bon moment, le roman est suffisamment entraînant pour retenir le lecteur jusqu'au bout.

Pocket Thriller, septembre 2011 pour la présente édition - traduit par Roxane Azimi

18 septembre 2015

La lionne blanche, par Henning Mankell

La lionne blanche

C'est la première enquête de Kurt Wallander que je lis, mais le quatrième titre de la série par ordre chronologique. Globalement, je n'ai pas eu à déplorer d'éléments frustrants mais il faut dire aussi que l'histoire nous prend complètement au dépourvu en centrant une large partie de son intrigue en Afrique du Sud, où se trame un attentat politique. 
Au départ, il est pourtant question de la disparition en Scanie d'une femme, mariée et mère de famille, à l'existence parfaitement irréprochable. Wallander n'a pas l'ombre d'un indice ou d'une piste, et c'est finalement au gré du hasard qu'il va se lancer dans une chasse à l'homme infernale. On en oublie complètement l'entrée en matière, purement accessoire ! 
C'est ce que je trouve le plus déconcertant, tel un virage à 180°, on nous plonge au cœur de l'Afrique des Boers et de l'apartheid. Place alors à de nouveaux personnages, un enjeu politique et un complot qu'on suit au compte-gouttes, entre curiosité, intérêt et lassitude. Car l'histoire souffre de longueurs, positionne Wallander dans un rôle inattendu, trop aventurier à mon goût. 
Mais la lecture reste foncièrement attrayante. Henning Mankell manie l'art du suspense et le décor dépaysant avec un soin particulier, intelligent et captivant. Je poursuis la découverte des livres de l'auteur sans rechigner !

Points - coll. policier ♦ février 2005 ♦ traduit par Anna Gibson pour les éditions du Seuil

18 septembre 2015

Le cinquième témoin, par Michael Connelly

Le cinquieme temoin

Mickey Haller accepte de défendre Lisa Trammel, accusée d'avoir tué un banquier qui menaçait de saisir sa maison. S'ouvre alors un procès retentissant et médiatisé à outrance, dans lequel on retrouve tous les travers du système (contrats signés pour des exclusivités et autres projets cinématographiques) et les ravages provoqués par la crise des subprimes. La masse populaire est en transe, vouée à se rallier à la cause de Lisa Trammel devenue un symbole d'oppression. Mickey Haller compte ainsi surfer sur cette notoriété pour prouver l'innocence de sa cliente. On vit le procès avec beaucoup d'intensité et on s'emballe pour les effets du style, les clash, les coups bas et les bastons sur les trottoirs. Haller en bave, mais reste toujours sûr de lui. Même sa vie sentimentale connaît un revers étonnant (pour qui suit cette série dans l'ordre !). La lecture a donc su pleinement me convaincre, j'ai aimé le ton et l'atmosphère qu'impose Connelly, c'est palpitant, noir et assommant, avec un fabuleux tour de passe-passe dans la dernière ligne droite. Du très bon boulot, bravo !   

Livre de Poche, avril 2014 - traduit par Robert Pépin pour les éditions Calmann-Lévy

18 septembre 2015

Ne t'éloigne pas, par Harlan Coben

Ne t'éloigne pas de Harlan COBEN

Megan Pierce, une mère de famille exemplaire, voit soudainement son passé inavouable de strip-teaseuse lui exploser en pleine figure en apprenant qu'un homme vient de disparaître dans les mêmes circonstances qu'un fait survenu 17 ans plus tôt (après quoi, elle avait choisi de disparaître pour changer de vie). L'inspecteur Broome, en charge de l'affaire, est sur les rotules. Témoin de longue date de cette énigme, et des ravages en conséquence, il n'a jamais pu tourner la page et continue de s'y consacrer assidûment. On ne va pas se mentir et prétendre que cette enquête va nous étourdir plus que de raison, mais il n'empêche que cette nouvelle mixture de Harlan Coben se laisse goûter avec délectation. Les dosages sont toujours un peu les mêmes, avec le vieux mystère qui rebondit à la surface pour éclabousser un citoyen rangé des voitures, la brochette de personnages sinistres et inquiétants, palme d'or pour le couple Barbie et Ken, à la plastique parfaite, mais aux esprits affreusement tordus. Ma foi, l'ensemble prend bien, le rythme est soutenu, le dénouement plutôt inattendu, avec un épilogue en trop. C'est une lecture habile, prenante, terriblement efficace, donc très divertissante. Harlan Coben n'est pas au top niveau, mais il s'en tire avec une mention très honorable.

Pocket ♦ mars 2014 ♦ traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond

18 septembre 2015

Un avion sans elle, par Michel Bussi

Un avion sans elle

Deux familles se disputent le même bébé, seul rescapé d'un crash d'avion, et vont se livrer une bataille acharnée qui continuera de les hanter pendant les dix-huit prochaines années. Le jour de son anniversaire, Lylie prend connaissance du journal du détective privé (Crédule Grand-Duc, quel nom !), engagé par la famille Carville. Après quoi, la jeune fille le confie à son tour à Marc, lui fait une bise et disparaît de la circulation. Le garçon comprend que, pour la sauver, il doit partir sur les traces du privé, qu'on a assassiné chez lui, et remonter la piste de son enquête. 

L'histoire n'est ainsi constituée que d'informations sans cesse renouvelées, sur des secrets de famille, des mensonges, des trahisons, des complots, mais qui renvoient toujours le dénouement vers une issue improbable. Qui est véritablement Lylie ? Lyse-Rose de Carville ou Émilie Vitral ? Sans mentir, c'est un livre au suspense haletant, au scénario parfaitement ficelé, qui nous fait tenir jusqu'au bout, pantelant et désespéré ! J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Les personnages, tous accablés et brisés par cette histoire cauchemardesque, nous semblent tellement proches. On ressent une vive et sincère compassion, n'imaginant pas un seul instant notre réaction face à un tel dilemme.

Et comment grandir sans identité, avec ce flou tenace d'une éventuelle erreur judiciaire ? Le drame remontant à un soir de décembre 1980, il n'était pas envisageable d'avoir recours à des tests ADN, mais cela arrange bien les petites affaires de l'auteur qui cherche à brouiller les pistes, à brasser large et à captiver son lecteur en ne lui offrant aucun temps mort. Il joue aussi sur la corde sensible, mais sans indécence, et j'ai apprécié. Le résultat est absolument bluffant. C'est une lecture épuisante pour les nerfs, mais franchement excitante !

Pocket, mars 2013 ♦ Presses de la Cité, janvier 2012

18 septembre 2015

Du son sur les murs, de Frantz Delplanque

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Ancien tueur à gages, Jon Ayaramandi a pris sa retraite dans un petit coin isolé du Sud-Ouest avec sa musique, ses livres et ses potes. C'est sa jeune et adorable voisine, Perle, qui va le tirer de son train-train quotidien en lui signalant l'étrange disparition d'Al le pêcheur, qui a abandonné son matériel à sa place habituelle et n'est pas rentré à la maison.

C'est accessoirement son petit copain, aussi redoute-t-elle le pire et tanne Jon de se bouger les fesses. Lui n'est pas très chaud pour se mouiller, mais il ne peut rien refuser à Perle. Il mène donc sa petite enquête, recontacte son ancien patron, éprouve un mauvais pressentiment en tombant sur un vieux collègue, puis tente de cerner le disparu et réalise que celui-ci aurait aussi des petits secrets bien enfouis. Pour lui, Al a été zigouillé. Et puis, bon ...  

ATTENTION, roman absolument génial ! Rock-n-roll dans l'âme, dans l'écriture, dans les références, avec son étiquette “roman noir”, il est peu conventionnel, très original dans son histoire, ses personnages, son parcours. On n'y entre pas avec l'espoir de dégoter une intrigue révolutionnaire, menée à fond de train, c'est tout le contraire, et c'est tout un monde qui s'ouvre à nous, l'auteur fait sa popote, avec force humour, punch et décontraction, le résultat n'en est que savoureux. Une découverte, une vraie, qui pousse à suivre ce Frantz Delplanque à l'avenir ! J'ai adoré. 

Points ♦ coll. Roman noir ♦ Mars 2014

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