03 octobre 2008
Lost in Austen
C'est une vérité universellement reconnue qu'une lectrice assidue de Pride & Prejudice souhaite un jour pouvoir rencontrer pour de vrai Darcy ! Amanda Price, londonienne bien dans son époque, est du nombre. Comment ne résiste-t-elle pas à l'opportunité d'échanger sa place contre celle d'Elizabeth Bennet, qu'elle croise dans sa salle de bains, un soir où ... non elle n'était ni saoule ni sous l'emprise d'hallucinogènes. Un passage secret relie leurs deux mondes, Amanda saisit sa chance.
Vous pensiez tout savoir, tout connaître de l'intrigue. Vous étiez sûre de vous, capable de marier untel avec une autre, et vous vous sentiez dans votre droit d'intervenir ci ou là pour mettre votre grain de sel. Car oui, après tout, vous savez comment l'histoire se termine ! Et d'ailleurs... Darcy, où est-il ? Qu'est-ce qu'on ressent à l'approche de l'instant où vos yeux vont se poser sur celui qui vous appartient, celui qui incarne l'Être Parfait selon vous ? De l'attente, de l'excitation, de l'impatience.
Et puis, patatras. Le monde de Jane Austen est un calvaire à vivre ! Pour Amanda, les choses vont de mal en pis. Elle fait une entrée remarquée (en étant bourrée, vulgaire, grossière). Elle est menteuse, un peu hystérique. Bingley est tombé amoureux d'elle, puis c'est au tour de Mr Collins de lui faire sa demande en mariage. Ses rapports avec Darcy en pâtissent, mais elle veut se rassurer (elle connaît le livre, pardi !!!).
Elle s'accroche, elle tient tête, elle supplie Elizabeth de retourner dans son époque car tout va de travers. On n'a d'ailleurs plus aucune nouvelle de ladite Elizabeth !? Le coeur d'Amanda bat pour Darcy, elle se rend à Pemberley et lui demande une faveur (la scène de la chemise mouillée, évidemment !). C'est hyper drôle, totalement chamboulé et puis crac, encore une fois.
Le beau château de cartes ne cesse de s'écrouler. Les catastrophes s'enchaînent. Tout est à contre-emploi, même les personnages (Wickham... *soupirs*). Les puristes n'apprécieront peut-être pas, personnellement j'ai été époustouflée. Je n'ai cessé de rire et de me pâmer un tantinet. A vrai dire, j'ai eu du mal avec l'interprète de Darcy, je trouvais que c'était Fitzwilliam qui singeait Darcy. Non, ce n'était pas très convaincant.
Et puis il y a eu ces trois minutes de bonheur ...
La chair est faible, je sais. :/
Bref, cette mini-série est donc une joyeuse et impertinente relecture de Pride & Prejudice - totalement revu et corrigé. J'ai été agréablement surprise, par ce mélange entre le contemporain et l'époque georgienne, les sauts de puce des protagonistes, le facétieux trublion que représente Amanda Price. Plus d'une fois elle pédale dans la semoule, son attitude choque, elle reçoit une leçon de bienséance par Wickham himself (oui, je vous dis que tout est sens dessus dessous !) et elle fait copine avec Lady Catherine !
Definitely shocking, damned it.
Mais bon sang, il faut y croire. Qui ne rêverait pas d'être à la place d'Amanda Price ? ! Et puis, il y a des petites scènes d'anthologie, avis aux amateurs - when D. meets Tinky Winky ! Rhooo, c'est hilarant. Bref, c'est une sacrée bonne surprise, pleine d'invention et d'imagination. Tout est imprévisible, on ne s'ennuie pas un seul instant et puis il faut le voir comme une récréation, ou la symbolique d'un fantasme bien typique pour les ' fans ' du roman ! ;o)
Le site : http://www.itv.com/Drama/perioddrama/LostInAusten/default.html
Réalisé par Dan Zeff, pour ITV / Mammoth screen production 2008
Avec Jemima Rooper, Elliot Cowan, Hugh Bonneville, Alex Kingstone, Lindsay Duncan, Gemma Arterton, etc.

27 janvier 2008
Troublez-moi ce soir (1952)
Dans un hôtel de New York, Lyn Lesley pousse un dernier tour de chant et se brouille avec son amant, Jed Towers, qu'elle trouve insensible et détaché alors qu'elle ne rêve que d'amour et de promesses durables. L'homme s'isole dans sa chambre au 8ème étage, rumine un bref instant avant d'apercevoir la silhouette ravissante en face de lui.
Derrière la fenêtre de la chambre voisine, Nell Forbes a revêtu les plus belles toilettes de sa 'patronne' et se prête à rêver d'une autre vie. La jeune fille a été appelée pour être la baby-sitter pour un couple qui passe la soirée dans la salle de bal au rez-de-chaussée de l'hôtel. Surprise mais interpellée, elle répond à l'appel de l'homme qui cherche à s'inviter pour passer une bonne soirée. Jed est un aventurier cavaleur, la proie semble facile et attrayante. Or, Nell est une jeune femme fragile et secrète, assez désoeuvrée, qui croit reconnaître en Jed son fiancé perdu pendant la guerre et qui s'appelait Philip.
Le huit-clos qui s'ouvre dans cette chambre d'hôtel devient alors oppressant. Nell est incontrôlable, tour à tour vulnérable et imprévisible, elle se révèle aussi impitoyable avec la petite Bunny qui ruine son rendez-vous. Transparente, elle livre à Jed son malheur et se confie à lui. Puis elle refuse qu'il l'abandonne, le séquestre dans la salle de bains, devient intraitable avec son oncle qui cherche à l'aider et commet l'irréparable avec l'enfant.
Ce film, qui n'est pas très connu, décèle un gros potentiel pour exprimer toutes les subtilités d'un rôle dramatique chez Marilyn. Dans la peau de cette Nell Forbes, elle y est absolument époustouflante ! Son jeu est juste, naviguant continuellement entre le désir et la peur, l'amenant jusqu'à la folie. Elle parvient à humaniser son monstrueux personnage, le rendant plus inquiétant encore. Il est probable que Marilyn s'inspira de sa propre existence pour parvenir à comprendre la solitude de son personnage et la frontière fragile séparant la réalité de la folie. La sincérité de son interprétation fut une grande épreuve émotionnelle.
Comme souvent, les conditions de tournage ont été éprouvantes : le réalisateur Roy Baker était méprisant, le budget pour le film étant minuscule on se contentait donc de la première prise pour le montage, ce qui paralysait l'actrice. Et finalement elle a su prouver qu'elle possédait du talent, convaincre qu'elle était une réelle comédienne, sous ses attributs de femme sexy. Toutefois les producteurs sont restés sourds et aveugles, puisqu'ils n'ont jamais voulu lui redonner cette chance de (re)tourner dans un mélodrame, la préférant dans sa case " blonde, affriolante et idiote ". Ce film a la particularité d'offrir à Marilyn son premier grand rôle principal.
Titre original : Don't bother to knock Niagara (1953)
Un jeune couple, les Cutler, vient passer quelques jours de vacances (offertes par l'employeur, en fait) au bord des Chutes du Niagara. Le cadre est prestigieux, Ray et Polly sont au comble de la joie. Et pourtant le séjour commence mal, impossible d'avoir accès au bungalow réservé car un autre couple - les Loomis - vient de prolonger inopinément sa location. La ravissante Rose est désolée et leur apprend que son mari est souffrant.
Qui est George Loomis ? Taciturne et jaloux, l'homme crée un scandale en public en brisant le disque de son épouse. La chanson Kiss avait su séduire la foule, Rose savourait l'instant et avait repris en choeur le refrain, et puis crac ! George tente de s'expliquer auprès de Polly Cutler - son épouse est volage et le rend fou. Il se doute qu'elle le trompe, et ça le ronge au plus profond de lui.
Ses doutes sont fondés : Rose a un amant, avec lequel elle projette d'éliminer le conjoint encombrant. Mais le plan tombe à l'eau et Rose est internée à l'hôpital, malade d'effroi et/ou de chagrin. Polly va comprendre, bien avant la police, que George Loomis est toujours en vie et rôde en ville pour assassiner Rose. La suite sera une précipitation de mésaventures, de rendez-vous au mauvais endroit, à la mauvaise heure. Et les cloches qui reprennent la chanson Kiss viendront aussi mettre leur grain de sel à ce malheur annoncé...
Niagara est un film sombre et oppressant. C'est l'un des films que je préfère de Marilyn. Elle y joue un rôle à contre-emploi de l'image de la bécasse péroxydée, car Rose Loomis lui flanque une allure de vamp (son physique est exploité, sa démarche chaloupée complètement étalée sur trois minutes de scène ! ...) mais Rose est une garce calculatrice et menteuse. La première scène de Marilyn dans le film ne laisse aucun doute sur la perplexité de son personnage : elle est nue sous un drap, la cigarette à la main et le regard perdu dans le vide. Perplexe ou songeuse, mauvaise ou ennuyée, elle attend le retour d'un homme - son mari - qu'elle dédaigne en simulant le sommeil. Le spectateur est déjà dans la confidence : le couple va très mal.
Niagara a su révéler un caractère opaque et troublant dans la palette des talents de Marilyn, pourtant on n'en retiendra que son sex-appeal éclatant. Tout est effectivement orchestré pour éblouir le spectateur, et même la promo du film avait porté tout l'accent sur cet aspect, signalant qu'entre les Chutes et Marilyn l'atmosphère était électrique ! ... Incarner Rose Loomis n'était pas (seulement) une représentation de sex-symbol, mais avant tout un rôle de garce ! Dans le film, il y a UNE scène incontournable : celle où Marilyn apparaît dans sa robe couleur fuschia pour chantonner sa chanson Kiss. Ok, elle y est totalement sulfureuse, appelant le désir et criante de sensualité. Mais quelle scène !
Un mot sur Joseph Cotten, décidément abonné à des rôles ambivalents et qui font de lui le type tordu d'esprit à éviter le soir dans une ruelle désertée ! ... ( Je pense à son interprétation dans L'ombre d'un doute de Hitchcock, dix ans plus tôt) George Loomis est un homme qu'on peut considérer comme malade de dépression, fou de jalousie et malheureux comme les pierres. Pourtant cela ne peut excuser son geste, ses attitudes et son absolutisme. On trouve chez lui quelques traces de repentance, ce qui prouve la volonté du scénario de ne pas noircir son personnage. Le clair-obscur étant un thème assez prisé par le réalisateur, nous n'en penserons pas moins alors !
Lors de sa sortie, le film n'eut qu'un succès d'estime et ne reçut pas les critiques qu'il aurait méritées, mais la carrière de Marilyn était lancée ! A noter aussi : c'était Ann Baxter qui était prévue pour jouer le rôle de Polly Cutler et, suite à son désistement, c'est Jean Peters qui a obtenu le job ! ...
26 janvier 2008
La rivière sans retour (1954)
C'est la ruée vers l'Ouest, des milliers de pionniers tentent leur chance pour trouver de l'or et acquérir une fortune tant espérée. Ils arrivent dans les villes, bruyants, désabusés ou querelleurs. Ils en veulent tous, mais il n'y en a pas pour tous. A l'écart de ce déchaînement des passions, il y a Matt Calder, un fermier qui cultive tranquillement ses terres, pas très loin des indiens. Ces derniers le surveillent et/ou le toisent, mais lui fichent la paix. Ses jours sont comptés, il en est conscient, et c'est ce qu'il explique d'office à son p'tit garçon, Mark, qui vient d'arriver dans sa vie (on devine que l'enfant a grandi avec sa mère, mais qu'elle vient de décéder... pas plus de détails là-dessus !).
Dans le camp des prospecteurs, Mark avait gagné une amie - la délicieuse Kay, une chanteuse de saloon. Ses charmes éblouissent tous les hommes, pourtant la belle n'a d'yeux que pour Harry Weston, un joueur de cartes pas très honnête. Le type vient de décrocher la chance de sa vie : un titre de propriété d'une mine d'or, qu'il doit réclamer au plus vite, à Council City. Seul moyen pour s'y rendre : acheter un radeau et longer la rivière sans retour, réputée mortelle. Kay lâche tout pour le suivre, mais en chemin le couple manque de chavirer et doit la vie sauve à Matt Calder. Il n'en sera pas récompensé pour autant : Weston le dépouille, le fiche k-o et lui vole son cheval.
Groggy mais indemne, Calder comprend que leurs jours sont en danger en avisant les indiens et leurs peintures de guerre. Il faut vite prendre la fuite. Seule issue : la très dangereuse rivière sans retour ! Entre les indiens d'un côté et les rapides de l'autre, Calder, son fils et la ravissante Kay (lâchée par son fiancé) vont vivre de rudes moments. De plus, si la rivière porte si bien son nom, c'est qu'elle garantie aux plus audacieux des émotions rares. A bien écouter la chanson que pousse Kay, en fin de parcours : There is a river called the river of no return Sometimes it's peaceful and sometimes wild and free Love is a trav'ler on the river of no return Swept on for ever to be lost in the stormy sea ... La métaphore est bien là !
Tout film avec Marilyn est un instant magique, et même si l'actrice s'est vue imposer ce tournage (un western de série B), elle parvient à tout transcender, à briller et crever l'écran avec ses déhanchements de pin-up. Et plus encore : l'actrice y interprète quatre chansons (One silver dollar, I'm Gonna File My Claim, Down In The Meadow, River of no return) qui révèlent une voix chaude, sensuelle et envoûtante. Marilyn apparaît en tenue sexy au début du film, et puis très vite elle adopte un look différent mais qui continue de mettre en lumière son sex-appeal avec un simple jean et un chemisier. (Même avec un sac à patates, Marilyn aurait continué de dégager son pouvoir de séduction ! ... )
Le tournage a été un long périple pour elle, ses rapports avec Otto Preminger (également de corvée forcée sur ce film) n'ont pas été au beau fixe. L'un et l'autre abusaient de méthodes éprouvantes pour faire craquer les nerfs du moins résistant. Lors d'une scène, Marilyn se tord la cheville et exige un plâtre (une mini victoire qui oblige un report de tournage, ce qui fait enrager le réalisateur). Bref, on pouvait espérer mieux d'une rencontre entre ces deux personnalités !
Marilyn et son partenaire, le séduisant Robert Mitchum, s'en tiendront aussi à des rapports distants et courtois. La belle redoute la réputation de don-juan du beau gosse, de plus son mari (Joe diMaggio) arrivera en cours de tournage, fulminant de rage et de jalousie - histoire d'encore plus pourrir l'ambiance sur le plateau ! A noter, le tournage a eu lieu en milieu naturel, au coeur des Rocheuses canadiennes. Le résultat est splendide, pigmenté par la magie du Technicolor ! ...
Il faut du positif dans ce film ! Car oui, l'émotion est au rendez-vous, il y a de l'amour aussi, des étincelles qui éclatent entre Kay et Calder, ce dernier déteste la jolie blonde qu'il trouve stupide, et celle-ci ne peut s'empêcher de défendre son filou de fiancé et cherche à piquer le fermier pour qu'il souffre à son tour (elle y parviendra, d'ailleurs !). Mais tout ceci, en plus de la traversée de la rivière folle furieuse et des attaques des indiens, donne un sentiment de cadence acharnée à ce western. C'est vif, enlevé et les acteurs exacerbent cette entente électrique entre eux, bref c'est du cinéma de grande envolée, planté dans un décor de toute beauté. Et puis c'est Marilyn, sans ses moues aguicheuses, mais blonde et appétissante, naïve et victime de son physique de vamp... Petite cerise sur le gâteau : la scène finale est belle, grandissime, bref c'est LA scène du film ! ...
Un florilège des chansons interprétées dans le film :
river of no return
down in the meadow
I'm gonna file my claim
one silver dollar
16 janvier 2008
Haute société (1956)
Remake du film de George Cukor, "Indiscrétions" (The Philadelphia Story), Haute Société est enlevé, musical et enjoué. Les acteurs s'éparpillent en poussant la chansonnette - Sinatra et Bing Crosby dans un duo savoureux, autour d'une coupette de champagne ! La belle Grace Kelly, ici interprète d'une muse sur son piédestal, est pétillante pour jouer une farce à l'équipe de journalistes d'un magazine pipole, de même elle devient glaciale face à son père volage, rebelle avec son ex-mari qui est venu gâcher la cérémonie de ses nouvelles noces... Piquée au plus vif par les remarques des uns et des autres, la belle Tracy Samantha Lord comprend qu'elle n'est que belle mais froide à l'intérieur, et lors d'une soirée trop arrosée, elle flirte outrageusement avec l'écrivaillon, ce qui est du mauvais goût de son fiancé, George.
Même si cette version déploie moults talents, une palette d'acteurs prodigieux et le charme de Cole Porter dans ses plus grandes oeuvres musicales, je garde une préférence pour le film original (ce qui n'enlève en rien au charme malicieux de la réalisation de Charles Walters !).
HAUTE SOCIETE
- Un film de Charles Walters
- Avec Bing Crosby, Grace Kelly, Frank Sinatra, Celeste Holm, John Lund, Louis Calhern
- Durée : 1h48
- 1956 - High society










